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Une nouvelle génération de modèles imprimés en 3DQuand l’impression 3D fait voler en éclats les idées reçuesTexte et photos : Laurent Schmitz Les avions imprimés en 3D s’améliorent sans cesse, mais ils ne sont pas à l’abri d’une panne ou d’une erreur de pilotage. Or, ces modèles ont la réputation d’être très fragiles, pas durables et impossibles à réparer. Des affirmations qui étaient peut-être vraies il y a cinq ans mais qui aujourd’hui ne tiennent plus la route. Les participants à la récente rencontre Inter-Ex peuvent témoigner que les avions imprimés en 3D sont solides et adaptés à un usage courant. Tous les modèles que j’ai présentés sont 100 % en filament ultraléger LW-PLA, sans renforts en tubes de carbone ou d’alu, même pas dans les ailes. Et pourtant, le Su-7, le Su-9, ou le Ohka sont des jets rapides, soumis à d’importantes contraintes en vol. Et ce constat ne concerne pas seulement les ailes à faible allongement. Mon Arado 234 et le Grumman Widgeon, deux bimoteurs, n’ont pas non plus d’autre clé d’ailes que celle incorporée dans la structure en LW-PLA. Seule exception, le B-52 a des clés en carbone car ses ailes longues et fines sont démontables.
Par ailleurs, après le crash spectaculaire du Ohka de Laurent Berlivet (resté accroché à l’élastique de la catapulte et "poireauté" plein pot dans le sol), on s’attendait à retrouver un tas de petits bouts de plastique, mais finalement l’avion est tout à fait réparable. Même constat pour mon B-52, qui s’est pris un arbre quand son accu a rendu l’âme. Le craquement sinistre faisait craindre le pire, mais à la grande surprise de tous, les dégâts étaient très limités. L’avion aurait pu revoler sur place. Comment arrive-t-on aujourd’hui à de tels résultats ?
C’est de la physique de base, mais on a tendance
à l’oublier: l’énergie d’un impact est
proportionnelle à la masse multipliée par le carré
de la vitesse. Donc pour qu’un avion résiste bien, il faut
qu’il soit léger et le plus lent possible lors du choc. C’est
le cas par exemple pour les petits modèles en mousse, qui résistent
à peu près à n’importe quel accident. En plus,
le matériau dont ils sont faits absorbe très bien les chocs,
en dissipant l’énergie d’impact localement au lieu
de la transmettre dans une cellule rigide. Zéro en LW-PLA : 600 grammes, vitesse de décrochage
36 km/h (10 m/sec). En cas de crash à la vitesse de décrochage, la Physique dit que l’énergie d’impact (en Joules) égale ½ mv², avec m pour la masse en kilos et v pour la vitesse en mètres par seconde. Zéro en LW-PLA : ½ x 0,6 x 100 = 30 Joules Le Zéro "renforcé" n’est que 1/3 plus lourd, mais l’énergie destructrice est 2x supérieure ! Le Zéro en PLA risque d’autant plus de finir
en petits morceaux que le matériau dont il est fait est fort rigide.
Il transmet l’énergie du choc à la structure, tandis
que le LW-PLA se déforme et casse en dissipant l’énergie
localement.
Les habitudes ont la vie dure et moi aussi je concevais
mes modèles avec des tubes et renforts en carbone. Or, j’ai
découvert que c’est souvent inutile. L’impression 3D
permet de réaliser des ailes et des fuselages solides, sans nécessiter
de coûteux tubes ou plats de carbone. Pas (encore) pour les ailes
à fort allongement d’un planeur, mais ça marche très
bien pour une aile de warbird. Mon petit Ohka, par exemple, est impossible
à détruire en vol, quelle que soit la violence de la manœuvre.
Pourtant, sa structure ne contient pas de carbone, ni d’autre renfort.
Rien que du LW-PLA, même dans la version "Kimono" aux
ailes allongées.
Il est aussi préférable d’imprimer les pièces de façon à ce que les lignes d’impression se trouvent le long de l’envergure et non en travers de celle-ci. En effet, quand une pièce imprimée casse, c’est généralement suite à une délamination des couches d’impression. Ensuite, il faut accepter que l’aile plie un peu, comme celle d’un avion de ligne, ou comme un roseau. Si on y ajoute un gros renfort en carbone, l’aile ne peut plus plier et accepter l’effort. Toute sa résistance revient à celle du carbone, la structure imprimée ne contribue presque plus. Le renfort doit alors être sur-dimensionné pour supporter seul toutes les contraintes.
Un modèle peut parfois sembler affreusement fragile sans l’être réellement. C’est particulièrement vrai d’un kit en impression 3D avec une seule paroi mince en LW-PLA. Le célèbre Zéro de 3DLabPrint en est un bon exemple. Quand on le prend en mains, ça fait peur ! C’est un pot de yaourt, on ne sait comment le tenir. Et pourtant, l’avion est indestructible en vol. Depuis 4 ans, le mien a fait de très nombreux vols, et il est toujours fidèle au poste. Alors bien sûr, même si c’est assez solide pour voler, la sensation n’est pas très agréable et il faut être prudent lors des manipulations. C’est la raison pour laquelle je conçois tous mes modèles en LW-PLA avec deux parois et un remplissage entre les deux. Une solution à mon avis simple à dessiner et qui offre à la fois une excellente solidité en vol et un ressenti proche du balsa pour l’utilisateur.
D’autres concepteurs préfèrent une paroi unique de PLA ou PLA+, comme Troy Mc. Millan l’a fait pour son magnifique DC-6. Au passage, notez que ce gros avion vole sans renforts de carbone, et sa masse de 3,7 kg est raisonnable pour un quadrimoteur de 180 cm d’envergure avec volets et train rentrant.
Comme on le voit, la technique a bien évolué. Le nombre de modèles disponibles aussi et l’offre est désormais impressionnante. On trouve des semi-maquettes de tous les avions célèbres, et beaucoup d’appareils moins connus ou de créations originales. Plusieurs sociétés proposent un catalogue de kits fort aboutis. Troy Mc. Millan est renommé pour ses reproductions d’avions de ligne, PlanePrint pour ses oiseaux et 3DLabPrint pour sa collection de Warbirds. A côté de ces firmes bien établies, de nombreux amateurs proposent leurs créations sur des sites de partage comme Cults3D.com. C’est mon cas, avec désormais une douzaine de modèles.
Le prix de ces kits est souvent comparable à un plan de construction papier. Il varie selon la complexité du modèle et le travail qu’il a nécessité. On trouve aussi pas mal d’avions en téléchargement gratuit. Les imprimantes se sont démocratisées et on peut maintenant s’équiper d’une machine de qualité pour moins de 300€. Un kilo de filament LW-PLA coûte une quarantaine d’euros et permet d’imprimer un avion complet, comme mon Su-7 par exemple.
Sur bien des plans, on vit un vrai âge d’or du modélisme RC. Cependant, je constate que les amateurs de modèles imprimés sont rarement les mêmes que les constructeurs de modèles plus traditionnels. L’idée de devoir poncer un modèle les rebute aussi sûrement que les modélistes "balsa" rechignent à configurer un profil d’impression sur l’ordinateur. On peut espérer que les deux mondes se rencontreront sur les terrains et que chacun abandonnera ses préjugés.
Contact : laurent.schmitz@jivaro-models.org
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