La réunion annuelle des "Legendary
Fat Fighters" s’est tenue à Urbach (30 km à
l’est de Stuttgart) du 10 au 12 juillet 2026, la piste du club
local qui accueille l’événement depuis 2019 est
pour l’occasion re-baptisée "Fattybach".
Cette anné,e c’était encore une cinquantaine de
modèles "Fatty" qui étaient présents
pour l’événement… et en compétition
pour remporter un prix, il ne faut pas le nier, même si l’ambiance
reste très détendue.
Comme les règles de la rencontre ont déjà
été présentées les années précédentes
(Voir les éditions 2024
et 2025),
j’ai choisi cette année de vous présenter dans le
détail le travail effectué en amont par l’équipe
qui représente la France à “Fattybach”.
Il y aura bien sûr, après cela, les images des nouveaux
modèles ansi que le tableau de prix.
Edition 2026 des Legndary Fat
Fighters, par Stephan Brehm.
Les deux modèles
2026 "Made in France"
En 2026 aucun nouveau Fatty français n’est
un avion de construction française et/ou aux couleurs d’une
escadrille française. Pour mémoire, on avait en 2022 le
Vough-F4U aux couleurs de l’aéronavale française,
en 2023 le Dewoitine-520 dans ses couleurs (controversées mais
tellement esthétiques) de 1941, puis en 2025 le AAC.1-Toucan
(en fait un JU-52 produit à Colombes après 1944) encore
aux couleurs de l’aéronavale française.
Vough-F4U
Dewoitine D-520
L’année 2024 présentait une escadrille
de deux Boeing P-26 "FatShooter", aux couleurs de l’escadrille
"Kicking Mule" dont l’ultime appareil encore en vie
a fait son dernier vol aux USA en juin 2026 (snif !).
AAC-1 "Toucan"
Boeing P-26 "FatShooter"
Tout commence par un
dessin
Tout avion qui doit voler, même si c’est
un Fatty, doit respecter quelques règles tant au niveau des formes
que du poids. On ne peut donc pas trop se lancer dans une construction
"ad hoc" dans laquelle il y aurait des allers-retours et donc
des grammes en trop.
On commence donc par faire un dessin de l’engin. Certains utilisent
les outils de CAO 3D pour "voir" le fatty sur l’écran
avant de le tronconner pour avoir les éléments de construction.
Dans mon cas je procède comme je l’ai toujours fait depuis
mon premier dessin d’avion en 1977, un bon vieux plan trois vues
avec le détail des couples et des armatures.
Le Me-328-B
Le premier Fatty-2026 a été dessiné
le 20 juillet 2025, à la demande de Francis Durand juste après
la rencontre "Fattybach 2025". Il s’agit d’un
Me-328, modèle expérimental allemand à pulso réacteurs
de 1944. Il n’y a eu que cinq prototypes de Me-328 construits,
tous différents et dont certains ont volé en étant
largués depuis un porteur.
Plan 3-vues du me328-B "Fatty"
Le modèle Me-328-B choisi par Francis a deux
pulso-réacteurs montés à l’arrière
du fuselage, et deux petites hélices "trainardes" montées
à l’avant du fuselage pour la charge électrique
pendant le vol. Dans le "Fatty", les rôles seront inversés,
les deux pulso seront de simples tubes et la propulsion sera assurée
par deux petites hélices tripales sur des moteurs de drône
installés sur des nacelles à l’avant du fuselage.
Sur le dessin, tiré d’un plan, on voit que les ailes ont
deux version, une courte et une longue. Dans un souci aérodynamique
c’est la version longue qui a été retenue pour le
Fatty, avec une envergure généreuse de un mètre.
Pour encore plus de sécurité aérodynamique, l’aile
a été réalisée en structure profilée
plutôt qu’un KF (Kline Fogleman) plus classique sur les
Fatties.
Le fuselage et la verrière sont les parties qui "prennent
le plus" dans une conversion Fatty. On notera que les plans arrière
restent assez généreux et que le stabilisateur se retrouve
dans une position quasi pendulaire. Les ailes sont en position basse
avec 4° de dièdre, suffisant pour la stabilité.
Le F6F Fat-Cat
Le dessin du second Fatty a une histoire un peu plus
longue car il a commencé en mars 2024, année où
je rappelle, c’est le Boeing P-26 qui a été présenté.
La raison est que le modèle choisi, en l’occurrence le
Grumann F6F "Hell Cat", n’est pas simple à "Fattiser".
En effet, la principale qualité du F6F était de ramener
son pilote au porte-avions après en avoir pris "plein la
gueule". Cette qualité était partagée avec
beaucoup d’avions US de cette époque dont les fameux F4U
et P-47, mais contrairement à ces deux derniers qui ont le "petit
quelque chose" qui fait le charme d’un Belmondo ou d’un
Kremer, le F6F est tout simplement quelconque avec aucune ligne vraiment
accrocheuse et peu élégant (de mon point de vue bien loin
d’un Zéro, Spit, P-51 ou FW190).
Plan 3-vues du Grumann F6F "Fat-Cat"
Il a donc fallu deux année de maturation -
et trois ou quatre esquisses - pour trouver le subtil compromis entre
la longueur du nez, la taille de la verrière et l’angle
du “razorback” (on notera que les trois sont malheureusement
inter-dépendants). Bref, en février 2026 j’avais
le dessin ci-dessus qui a permis de lancer le projet.
Il faut effectivement un dessin très précis avec toutes
les cotes calculées au dixième de millimètre car
ce plan est reporté en grandeur dans un outil qui va générer
un ficher de découpe CNC (fraiseuse numérique).
La maquette papier
Les dessins ci-dessus sont dimensionnés pour
être imprimés sur un format A4 (21x29,7) en choisissant
un papier de 150g/m2, ceci afin de jouer du cutter pour réaliser
une maquette en papier du modèle. Cette maquette à l’échelle
environ 1:10 permet de prévisualiser le futur modèle et
de corriger – si besoin – certaines lignes.
Cette étape prend un peu de temps et elle n’est pas obligatoire,
je la réalise aussiparce que j’adore les maquettes papier
genre “Fiddlersgreen”
ou “Maty Modelarz”.
La maquette papier du
Grumann F6F “Fat-Cat”
J’en profite pour monter la bibliothèque
de modèles papier des diférents “Fatty” dessinés
depuis 2023. On notera qu’en général les fuselages
sont complétés par de la mousse taillée pour mieux
se rendre compte du volume final, dans le cas du F6F je n’ai pas
eu le temps de le faire.
La bibliothèque des modèles
papier de “Fatties”
Le passage à la
CNC
L’étape qui suit consiste à passer
les dessins ci-dessus de l’échelle 1:10 à l’échelle
1:1, c’est pour cela qu’en marge de chaque dessin j’ai
une feuille excel avec les cotes importantes au 10e de mm (c’est
pour moitié des choix perso et le reste résulte de calculs
géométriques).
Fiche Excel du me-328 “Fatty”
Tout cela est repris dans un outil de CAO en 2D, en
l’occurrence “Sketchup”, pour obtenir toutes les formes
à découper à l’échelle 1:1. On commence
par importer l’image du plan 3-vues, on la met à l’échelle
1:1 puis on redessine toutes les formes comme une suite de courbes “Splines”
(avec une petite pensée pour messieurs De Casteljau, Bézier
et Bernstein).
Quand les formes sont prêtes (c’est à dire bien fermées
et bien orientées), on les passe dans un outil qui génère
les trajectoires de la tête CNC (une sorte de “sliceur”
monocouche pour ceux qui connaissent l’impression 3D) et il n’y
a plus qu’à lancer la découpe dans le Depron qui
va bien. Les ailes, le stabilisateur et la dérive sont découpés
dans du Depron 6mm tous les éléments de la structure du
fuselage sont découpés dans du Depron de 3mm. Le coffrage
du fuselage est fait en Depron 3mm pour l'avant et en Depron délaminé
à 1,5mm pour tout ce qui est à l’arrière
de la cabine.
Sortie de la CNC, ce petit
tas de Depron deviendra un F6F “Fatty”
L’assemblage
Comme les formes découpées comprennent
les glissières à la bonne profondeur et à la bonne
largeur grâce à la CAO et à la CNC, le montage des
pièces s’apparente à un jeu d’enfant.
Toutes les pièces
assemblées à la “UHU Por”
La seule opération délicate est la manipulation
de de colle “UHU Por”, en effet c’est une colle “contact”
donc par défaut pour l’assemblage de pièces pré-encollée
“sèches”. Or cette technique ne peut pas fonctionner
quand on a des glissières (on bloquerait au 1er millimètre!!),
il faut donc l’utiliser en mode “humide” comme le
reste des colles (vinylique, PU, epoxy, etc.) puis la laisser sécher
le temps qu’il faut. Ce temps étant relativement bref,
il ne faut pas traîner dans la phase encollage + montage, au risque
de devoir jouer du cutter ou au pire de retourner à la CNC.
Pour renforcer la structure on peut enfiler et coller des brochettes
en bambou au travers des couples, du premier couple avant jusqu’à
celui à l’arrière de la cabine.
Le coffrage
Pour coffrer on utilise toujours la UHU Por, mais
cette fois en mode “sec”. Pour chaque panneau de coffrage
on prépare la forme en découpant une feuille de papier
que l’on reporte sur la feuille de Depron adaptée (3mm
ou 1,5mm). Ensuite on encolle les deux côtés en râclant
bien - il ne doit pas rester de colle visible - on attend 5mn puis on
met en place en appuyant bien.
Un Me-328 dont le
coffrage est bien avancé
Les commandes et le moteur
Alors vaste débat: “les commandes AVANT
ou APRES le coffrage ?”. Ma réponse est entre les deux,
sans aucun coffrage la structure est assez déformable et peu
confortable à manipuler, alors que quelques plaques de coffrage
peuvent tout rigidifier. Donc après avoir étudié
où doivent passer tous les fils et tiges, on commence par percer
les couples (j’utilise un tube à cigares en alu dont j’ai
meulé l’ouverture) puis on pose quelques coffrages stratégiques
de manière à rigidifier le fuselage.
En général il faut travailler le stabilisateur et la dérive
à part et les coller au fuselage le plus tard possible, les volets
se collant tout à la fin avant ou après peinture.
On voit l’espace
pour les servos 5g à l’arrière et les baguettes
de renfort.
La finition
Les petits défauts de coffrage ainsi que certains
raccords ou formes nécessitent généralement une
phase de masticage, on utilise pour cela un produit de rebouchage intérieur
super léger, il en existe beaucoup de marques dans les magasins
de bricolage, malheureusement pour des raisons commerciales je ne peux
pas vous écrire ici la marque que j’ai fini par sélectionner.
Mais comment ont-ils
ont fait Versailles sans cela ???
Pour étaler le mastic je n’ai pas trouvé
mieux que mes vieilles carte bleues périmées, à
ce propos les découper ne sert à rien, et pire! mettre
les morceaux à la poubelle vous expose à des arnaques.
Ce qu’il faut c’est meuler la puce à la Dremel et
là vous pouvez les conserver comme spatules.
Le nez du Me-328 avant
masticage
Peinture
Plusieurs écoles pour peindre les Fatty (et
le Depron en général):
• Tamiya, elle attaque le Depron mais sèche très
vite, ça fait une croûte stable.
• Acrylique en bombe ou au rouleau, il faut qu’elle soit
bien couvrante (magasin de beaux arts ou peinture pour carosserie) et
le Depron doit être préparé pour accrocher
Si on peint à l’acrylique, il est utile de poncer le Depron
et même de le couvrir avec un fine couche du mastic ci-dessus
bien dillué à l’eau.
Dans tous le cas il est utile de préparer des caches avec un
scoth adapté au masquage et que l’on retire alors que la
peinture n’est pas encore sèche.
F6F masqué…
démasqué
Me-328
1e couche… et terminé
Nice to meet you!
Premiers vols
A un moment donné il faut envoyer tout ça
en l’air pour voir comment ça vole, outre Rhin on appelle
ça “erstflug” et le résultat peut être
“langweilig” (ennuyeux) ou pas.
F6F – ennuyeux,
très ennuyeux...
Me328 – pas
ennuyeux du tout !
Le
design du nez sur le Me-328 a permis d’éviter le
pire
Le Me-328 a très rapidement fait un “soleil”
pour atterrir en plein sur le nez, et finalement minimiser les dégâts.
Avec un nez rapidement recollé, il aurait pu tenter un second
vol mais certainement avec le même résultat si le problème
de fond n’était pas corrigé. La perte de contrôle
est a priori liée au manque de rigidité des nacelles supportant
les moteurs, Francis va donc intervenir à ce niveau avant toute
nouvelle tentative. Rendez-vous donc à Inter-Ex 2026 ou à
Fattybach 2027.
Le
F6F Fat-Cat vole très bien… si le pilote ne fait
pas de fautes
Les chats ont 7 vies
Le Fat-Cat est très facile à piloter,
du coup j’ai tout de suite décidé d’en faire
mon appareil pour les vols de groupe, habituellement c’est l’indestructible
D-520 qui s’y colle mais il est en attente d’un coup de
résine depuis le dernier - et très venteux - InterEx à
Bouzonville. Je rappelle que dans les rencontres de Fatties on a pour
coutume de faire des vols en essaim où tous çeux qui ont
un Fatty valide doivent le mettre en l’air. Sauf qu’à
Fattybach ça veut dire “tout le monde” ce qui fait
près d’une vingtaine d’avions à bourdonner
en virages serrés. Tout ça combiné à un
vent instable dans un air surchauffé et arriva ce qui devait
arriver, le sol a fini par se jetter violement sur mon avion.
Le F6F et ses copains
dans l’entrée de piste après le vol de groupe
fatal.
Le crash a eu lieu juste avant la photo de groupe,
dans laquelle certains ont remarqué sur le F6F un “dièdre
inverse” qui posait question.
Photo de groupe 2026
Dans la photo ci-dessus on vois le F6F qui bat de
l’aile à gauche, et on peut apercevoir son demi-stabilisateur
gauche devant le P-28 rouge. Bref, moins dégoûté
que Francis qui n’a même pas mis son me328-B pour la photo
mais un peu dégoûté quand même.
C’était sans compter sur le jeune Lukas Munz membre du
club de Urbach (en T-Shirt noir entre son papa Cornelius et moi sur
la photo) qui est parti à la recherche de tout ce qu’il
fallait pour réparer: jonc de carbone, tige de commande etc.
et qui m’a donné un bon coup de main pour finalement refaire
un vol réussi environ deux heures plus tard. J’ai même
réglé quelques Mix et Trims pour rendre le sol moins aggressif,
le F6F vole encore mieux qu’avant.
Grâce
à Lukas, il reste six vies au Fat-Cat.
Les autres premiers vols
2026
Plusieurs autres modèles faisaient leur premier
vol à Urbach, tout d’abord une “Demoiselle de Poids”
réalisée par Stephan Brehm. Elle a fait un premier vol,
mais le moteur peu fiable n’a pas permis d’en faire un second.
Demoiselle de Poids
Un autre modèle tout frais sorti de l’atelier
de Thomas Heinlein, le Polykarpov PO-2, en mode Fatty bien entendu.
Comme à son habitude Thomas a travaillé les détails,
au mépris total de la “Zwei Meter Regel” ( Règle
des deux Mètres) qui veut qu’un bon Fatty ne se regarde
pas à moins de deux mètres de distance.
Le
Polykarpov PO-2
Marcellus n’avait pas pu assister à la
rencontre de 2025, donc son modèles faisait son premier vol à
Urbach (à défaut de faire son premier vol tout court).
C’est un magnifique “Fat Moth” travaillé avec
beaucoup de soin comme il convient pour un professeur d’arts plastiques.
Le Moth avec
sa foison de détails, notez le sigle DH sur les roues
Tout simplement
magnifique en vol
Nouveau à Urbach aussi cette année,
le “Fly Baby” de Lutz Nakel, aérographe et finesse
de construction sont au rendez-vous.
Le “Fly
Baby” : une leçon de finition par Lutz.
Un autre engin présenté par Lutz mais
aussi quelques autres était également en vol pour la première
fois cette année, il s’agit du “Sky Rocket”
présenté par Jurgen Bestelhener dans la revue FMT, encore
une occasion de se lâcher à l’aérographe.
Des “Space Patrol X-III”
en nombre
Les Munz père & fils on ré-itéré
en l’améliorant leur recod de 2025, “un avion en
un mois” est devenu “un avion en 15 jours”. Le plus
agaçant c’est que leur petit biplan Antonov AN-2 est beau
et vole magnifiquement.
Antonov AN-2 par
Munz & Son
Mathias Jasinski a présenté son très
gros et très ventru Fatchild C-119 Flying Boxcar, la carlingue
a quasiment grignoté toutes les ailes dont il ne reste que des
moignons, mais il vole très bien.
Le
très gros Fatchild C-119 Flying Boxcar de Mathias Jasinski