Le Fieseler Fi 103R "Reichenberg"
était une version pilotée de la bombe volante allemande
V-1. Elle a été développée vers la fin de
la Seconde Guerre mondiale et devait être utilisée comme
bombe à guidage humain dans des attaques suicidaires contre les
Alliés. Le missile était largué en vol à
partir d'un bombardier He-111.
Poursuite en FPV du proto n°2.
Le Fi 103R était notoirement difficile à
piloter. Heinz Kensche et Hanna Reitsch, deux pilotes d'essai chevronnés,
ont procédé aux vols d’essais. Anna Reitsch a subi
plusieurs crashs, dont elle est miraculeusement sortie indemne. Les
ingénieurs ont conclu que le Fi 103R avait une vitesse de
décrochage élevée et que les pilotes, sans en être
conscients, tentaient de voler à des vitesses trop lentes pour
que l'avion puisse maintenir un vol stable.
Laurent Schmitz a construit deux Fi 103R
imprimés entièrement en 3D. Le proto à gauche
était motorisé par une turbine de 76 mm. Celui de
droite est propulsé par une turbine de 70 mm.
Caractéristiques techniques
Envergure : 112 cm
Longueur : 137 cm (échelle ± 1/7)
Propulsion : EDF 70 mm
Batterie : LiPo 6S.
Masse au décollage : 2.123 g avec LiPo 3600 mAh 6S (1.623
g sans accu)
Surface alaire : 21,5 dm²
Charge alaire: 99 g/dm²
Fichiers d'impression : Téléchargeables
sur Cults3D
Défi
Les modèles réduits du V1 sont toujours un défi,
car l'original a été conçu pour emporter une bombe
de 900 kg dans le nez, de sorte que le moteur est situé loin
derrière l'aile. Même avec une grande batterie dans le
nez, il est difficile d'obtenir un centrage correct. Les ailes ont une
faible surface et l'avion a une charge alaire élevée car
le V1 n’avait qu’un seul réglage des gaz : à
fond. Après tout, un missile n’a pas besoin de pouvoir
voler lentement.
Notez que l'avion a pris un "coup de soleil".
Le matériau sur le dessus du nez a gondolé. Pour le
second proto j'ai donc opté pour des teintes claires, et
je couvre désormais les modèles d'un drap de lit quand
le soleil brille.
Comme les surfaces de l'empennage sont également réduites
et que le nez est très long, l'emplacement du centrage se situe
entre 23% et 25% de la corde d’aile, ce qui rend l'équilibrage
du modèle encore plus ardu. Cette position du centrage est d’ailleurs
un des pièges qui attendent ceux qui se lancent dans l’aventure.
Vu la forme rectangulaire de l’aile, l’habitude voudrait
qu’on place le centre de gravité au tiers avant…
J’ai moi-même refait trois fois les calculs préconisés
par la méthode de Frank Aguerre avant de me rendre à l’évidence
: les habitudes sont trompeuses. Et de fait, les vols ont prouvé
qu’un centrage à 33 % n’est absolument pas volable.
Inter-Ex
Le modèle a été entièrement
modélisé afin d'être imprimé en 3D. Les
fichiers sont téléchargeables sur Cluts3D.
Impression 3D en LW-PLA.
(Notez la bombe anti-incendie Fire Stop placée au-dessus
de l'imprimante. On n'est jamais trop prudent...)
Pour relever ce défi, j’ai dû tricher un peu. Mon
modèle a des dimensions légèrement modifiées
pour améliorer les caractéristiques de vol, avec une envergure
un poil plus grande, une surface de stab plus généreuse
et un nez un peu allongé. Il représente un Fi-103R en
configuration de combat, avec l'ogive hémisphérique installée.
La plupart des photographies d'époque montrent l'avion avec un
trou à cet endroit. Cette ogive est importante car elle abrite
un gros LiPo, seule façon d’équilibrer l’engin
sans ajout de plomb.
Les premiers essais ont eu lieu avec une version agrandie du modèle
(133 cm d’envergure et 162 cm de long) et ont permis de valider
les choix techniques. Hélas, la turbine de 76 mm a décidé
de rendre l’âme en plein milieu d’une démo
lors de la rencontre Inter-Ex en 2023. J’ai pu poser l’appareil
dans un champ labouré mais il était fort endommagé.
Le prototype suivant a été imprimé plus petit,
pour une turbine de 70 mm. Cette version est plus puissante et vole
encore mieux. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de la
présenter en vol lors d’Inter-Ex 2024, avec quelques beaux
vols.
J'imprimais mes cockpits avec du PLA ou
du PETG transparent mais depuis, j'ai découvert le PVB, un
matériau incomparablement plus clair. La
méthode est détaillée ici.
Le Fi-103R n'est pas très difficile à piloter mais il
faut avoir une certaine expérience des jets rapides et lourds.
Un élastique composé de 5 mètres de deux tubes
de latex de 9 mm de diamètre extérieur / 6 mm de diamètre
intérieur, tendus environ 3 fois pour une force de traction de
±10 kg, est nécessaire pour le décollage, avec
un sabot pour donner au modèle une incidence positive. L'atterrissage
se fait sur l'herbe et est étonnamment facile. Le modèle
n'a pas de tendance vicieuse mais, en raison de sa géométrie,
il doit être piloté à tout moment car il n’est
pas autostable.
Le décollage
s'effectue à l'aide d'une puissante catapulte.
Le Fi 103 en vol lors d'Inter-Ex
2024.
Ce modèle imprimé en 3D est adapté à un
usage quotidien. Grâce à sa construction épaisse
façon balsa, aucun risque d’écraser le fuselage
lorsqu’on manipule le modèle. On peut en outre facilement
agrandir ou réduire l’appareil, pour une turbine de 50 mm
à 90 mm.
Les récents
progrès des turbines bon marché, combinés
à la créativité offerte par l’impression
3D, font que de plus en plus de modèles autrefois considérés
comme "impossibles" ou "irréalistes"
sont aujourd’hui envisageables, pour notre plus grand
bonheur ! Ekranoplan, XB-70, Stratolaunch, X-15 ou An-224
sont désormais au programme ! Et même un B-52 comme
nous le verrons bientôt !