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27 août 2020
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Une "piste en mou" !

 

Texte et photos : Laurent Schmitz (OO-AS300)

Depuis des années, le club d’aéromodélisme Les Busards (près de Faimes en Belgique) étudie la possibilité d’investir dans une piste en dur. Hélas, non seulement c’est hors de prix, mais il faut aussi les autorisations, ce qui n’est pas gagné d’avance quand on loue le terrain. La solution ? Une ''piste en mou'' !

Tous le modélistes connaissent le problème. Quand l’avion a de petites roues, le décollage depuis une piste en herbe est difficile, surtout si le sol est humide et le moteur poussif. L’atterrissage, lui, se termine systématiquement sur le nez, quand on n’arrache pas le train ! Bien sûr, on peut changer les roues pour en mettre de plus grosses, mais c’est au détriment du réalisme. Certains modèles sont particulièrement handicapés. Par exemple, les petits ''warbirds'' ou les maquettes de jets à train rentrant, fort populaires pour le moment. Non seulement on ne peut pas changer les roues car leur logement est trop exigu, mais en plus les appareils à turbine nécessitent un vrai ''billard'' pour accélérer jusqu’à la vitesse de décollage. Dans l’herbe, les roues ''broutent'', ce qui freine trop l’avion et fait capoter les Spit et autres P-47…
La solution c’est bien sûr une vraie piste en béton ou en asphalte. Malheureusement, notre club se trouve en zone agricole, où une telle infrastructure nécessite des autorisations et dérogations sans fin. Sans compter que l’association doit pouvoir remettre le terrain dans son état d’origine en cas de fermeture ou de déménagement. Une piste en dur coûte aussi beaucoup trop cher pour un petit club comme le nôtre.

Fausse bonne idée

Il y a quelques années, nous avons hérité d’un rouleau de vinyle de huit de mètres de long sur trois mètres de large. Trop peu pour une vraie piste mais déjà suffisant pour faire décoller certains avions bien motorisés. L’atterrissage se fait alors sur la piste en herbe, avec plus ou moins de bonheur. Après un an, ce morceau déroulé au bord de notre piste principale avait complètement écrasé la végétation et formait une surface égale et bien dure. Nous aurions pu le compléter pour agrandir cet embryon de piste mais les revêtements de sol sont fort chers. Nous sommes donc partis à la recherche d’une autre solution pour notre ''piste en mou''. Comme il nous restait un mètre carré de rouleau de roofing, nous l’avons posé sur l’herbe pour voir ce que ça donnerait. Il a lui aussi ''creusé son trou'', écrasant petit à petit la végétation pour finir bien plat sur la terre. L’année passée nous avons pu constater que même par 40° en pleine canicule, le roofing ne coulait pas. Il devenait mou mais grâce aux paillettes recouvrant la surface il était possible de marcher dessus sans y rester collé. Entre-temps nous avons encore étudié d’autres solutions. Le gazon synthétique est une fausse bonne idée. Ce matériau est extrêmement lourd, impossible à manipuler sans grue. Il contient en outre des billes faites de déchets de pneus polluants et son évacuation entraîne des frais élevés. Son prix, même pour une surface d’occasion trop usée pour un terrain de sport, reste dissuasif, tout comme le transport. Et au final on se retrouve avec une piste qui freine quand même les petites roues.


Roofing

Sur internet nous avions trouvé la vidéo d’un club étranger qui avait recouvert sa pelouse de bâche imputrescible, comme celle qu’on utilise pour l’aménagement des espaces verts. Ce choix est peu coûteux, mais pas très solide et la moindre ouverture permet au vent de s’engouffrer et de gonfler la piste comme un ballon. Le transport est difficile car le rouleau mesure plus de quatre mètres. La fine couche de tissu n’aurait pas non plus empêché les taupes présentes sur notre terrain de creuser leurs galeries, voire de ronger les fibres.
Finalement nous avons profité d’une promo dans une grande surface de bricolage pour acheter un stock de roofing. Le roofing se soude facilement au brûleur à gaz. Les rouleaux de 40 kg se portent à deux et tiennent dans le coffre d’une voiture. Si nécessaire, on peut les couper au cutter pour les évacuer à la déchetterie en morceaux manipulables par une seule personne. Enfin, la surface obtenue ressemble à une ''vraie'' piste en dur. Pour équiper une parallèle de 40 x 4,5 mètres, il nous a fallu 20 rouleaux. Cette taille n’est pas ''à l’échelle'' car en modèle réduit, la largeur est plus importante que la largeur. Par un vent modéré dans l’axe, la majorité des modèles jusqu’à 2,5 m d’envergure et les jets jusqu’à 1 m d’envergure décollent sans soucis mais pour atterrir avec assez de précision il faut un avion petit et/ou lent.


05R - 23L

Décorée de ses marquages ''maquette'' à la peinture acrylique posée au petit rouleau, notre nouvelle piste 05R - 23L a fière allure. Elle restera un peu inégale pendant quelques mois encore, mais ça ne gêne pas trop les avions. Malgré une dernière tonte au plus ras, on sent les mottes d’herbe à travers, ce qui donne un sens supplémentaire à la notion de ''piste en mou''. Les joints entre les rouleaux de roofing ne se remarquent pas du tout quand les avions roulent dessus, même avec de très petites roues. La ''marche'' de quelques millimètres est en outre atténuée par la zone de collage où le goudron a fondu. Il est préférable de ne pas trop marcher sur la nouvelle piste, surtout les premiers mois. On pilote depuis le bord, dans l’herbe, et on récupère un avion éventuellement bloqué par le plus court chemin. La surface est assez solide mais en plein soleil elle devient très chaude et même un peu molle. Si elle avait fait 100 m de long il aurait été fastidieux de la contourner à chaque fois pour passer de l’autre côté.

Parmi les inconvénients, il faut noter que le roofing est abrasif. Si un beau planeur en fibre atterrit par accident dessus, son gel-coat sera proprement poncé. On ne peut donc plus se poser sur le ventre n’importe comment en travers du terrain sinon on croise la nouvelle piste. Cette surface n’amortit pas comme l’herbe en cas de crash-landing et bien sûr elle ne freine pas les roues, ce qui aide au décollage mais peut surprendre à l’attero.

Enfin, si le terrain est plat, il se forme des flaques d’eau après la pluie. Ce n’est pas le cas chez nous car la piste est en très légère pente. Le roofing draine naturellement l’eau vers l’aval, sauf à l’endroit où se trouvait l’ancien vinyle, qui est actuellement en creux, mais ça s’arrangera dès que le reste de la piste se sera tassé.

spacer

Finalement, l’investissement en temps et en argent est raisonnable puisqu’il revient à ±1.000 € et une journée de pose par trois personnes. Si cette nouvelle piste dure cinq ans et qu’elle nous attire quelques nouveaux membres, nous rentrerons dans nos frais. Nous espérons cependant qu’elle durera bien plus longtemps, d’autant qu’on peut facilement réparer les accrocs éventuels.

 
 
 
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