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5 juin 2021
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Spencer Lisenby avec son Transonic DP : 882 km/h
L’Américain Spencer Lisenby a établi le record (officieux) aux commandes de son Transonic DP à… 882 km/h !

Dynamic soaring

Vous avez dit "rapide" ?

Texte et photos : Laurent Schmitz
Photos : Spencer Lisenby et Laurent Schmitz

Vous possédez un FunJet Multiplex et vous croyez qu’il vole vite (±150 km/h) ? Jusqu’au jour où un copain sort son Magnum et vous laisse sur place (250 km/h)… Pourtant, son truc se traîne comparé aux engins de F5D (300+ km/h). Eux-mêmes sont largués par les jets de vitesse (400+ km/h). Mais le sommet de la folie furieuse en matière de modèle RC est détenu sans conteste par les adeptes de planeur en « Dynamic Soaring ». Le 19 janvier 2021 sur la pente de Parker Heights (Californie), l’Américain Spencer Lisenby a établi le record (officieux) aux commandes de son Transonic DP à… 882 km/h !!!

Vidéo du dernier record du monde de vitesse en planeur RC :
548 mph, soit 882 km/h !
C’est hallucinant !

En cette époque de modèles toujours plus faciles à mettre en œuvre et à piloter, beaucoup d’aéromodélistes "dégrossis" pratiquent plusieurs disciplines : du warbird au voltigeur en passant par le planeur ou le drone. Et pourquoi pas, puisque désormais il n’est plus nécessaire de vendre un rein pour s’offrir un appareil performant. Tôt ou tard, l’escadrille compte un modèle rapide car il faut bien avouer qu’en matière de sensations, quoi de plus grisant que la vitesse ? Pour s’embarquer dans cette aventure, rien de tel qu’un modèle en mousse "indestructible" (il en aura besoin !). Mais attention, voler vite est une drogue ! Une fois les réflexes affinés, l’engin n’offre plus assez d’adrénaline pour satisfaire son propriétaire. Après une brève période pendant laquelle le modéliste tente de changer les accus, l’hélice ou le KV du moteur, il doit bien se rendre à l’évidence : seul un modèle haut de gamme peut soulager durablement sa dépendance. Finies les mousses chinoises, on entre dans le domaine des artisans et du carbone/kevlar. Les avions les plus rapides ont une forme de motoplaneur, avec des ailes fines comme des lames et un fuselage offrant le minimum de traînée. Les plus fortunés peuvent aussi satisfaire leur vice avec un modèle à turbine. Mais pour aller encore plus vite, la meilleure solution est d’abandonner le moteur pour se reconvertir au… vol de pente !

Spencer Lisenby au décollage
Spencer Lisenby au décollage. Notez que jusqu’il y a peu, il volait en FM, car la technologie 2.4GHz supportait mal la structure en carbone des modèles de DS.

"Dynamic Soaring"

Le "Dynamic Soaring" ou "vol de gradient" se pratique derrière la pente, dans la zone considérée en général comme dangereuse, celle où il ne faut sous aucun prétexte mettre les ailes…
Le planeur décrit une trajectoire en forme de looping incliné de façon à profiter à chaque tour d’une accélération gratuite. Petit exemple pour comprendre le phénomène... Imaginez une pente avec un vent de 50 km/h. Le planeur franchit la crête vent dans le dos à 90 km/h de vitesse "sol", soit 40 km/h de vitesse "air". Lorsqu’il plonge dans la zone d’air immobile au fond de la cuvette, sa vitesse "air" passe aussitôt de 40 à 90 km/h. Il "rebondit", ralentit un peu dans le virage et remonte la pente sur sa lancée, à 70km/h (vitesse "sol" et "air"). Quand il heurte le vent de face, sa vitesse "air" monte instantanément à 70+50 = 120 km/h. Il tourne brutalement et perd au passage 20 km/h de vitesse "air" puis plonge à nouveau dans la zone immobile, cette fois à 100 km/h de vitesse "air". Mais comme l’air lui-même avance à 50 km/h, c’est avec une vitesse "sol" de 150 km/h qu’il pique maintenant ! Chaque passage de l’interface entre l’air en mouvement et l’air immobile va lui apporter un peu plus d’énergie et de vitesse. C’est un véritable moteur qui se met en route. Théoriquement, le planeur pourrait accélérer sans fin. Cependant, les frottements augmentent avec le carré de la vitesse et il vient un point où la résistance de l’air annule l’effet "DS". Le planeur est alors à sa vitesse maximale… s’il ne s’est pas désintégré avant !

Principe du DS schématisé
Principe du DS schématisé. Vu comme ça, on dirait presque que c'est facile.

Albatros

Notez que les aéromodélistes n’ont rien inventé. En 1883, Lord Rayleigh publiait déjà un article dans la revue Nature décrivant comment les albatros pouvaient parcourir des milliers de kilomètres sans un battement d’aile. Ces astucieux volatiles sont en effet de véritables experts du DS. Depuis des millions d’années ils exploitent l’effet créé en mer par le vent à la crête des vagues. Mais ce n’est qu’en 1996 que l’américain Joe Wurts eut l’idée d’appliquer la même recette en planeur radiocommandé. Comme à cette époque Internet devenait populaire, l’idée a fait son chemin parmi la communauté des védépistes de la côte ouest. Après de nombreux essais et un nombre incalculable de crashes, la petite bande d’intrépides pilotes avait posé les bases du DS.

812 km/h au radar !
A l'issue d'un vol particulièrement rapide, pilote et chronométreur exhibent fièrement les radars : 500MPH sur celui de gauche et 505MPH pour celui de droite (±812 km/h!).

Malgré tout, cette discipline récente dans l’aéromodélisme reste franchement confidentielle, pour plusieurs raisons. Tout d’abord il faut trouver une pente adéquate. Si de nombreux sites de vol de pente sont bien répertoriés et connus, les pentes connues pour le DS se comptent sur les doigts d’une main. Le candidat au DS doit donc explorer, tester et découvrir les sites appropriés à proximité. Une fois la pente idéale trouvée, il faut encore avoir les nerfs et les réflexes compatibles avec ce type de vol. Ah, et une acuité visuelle sans faille… Sans parler d’un modèle approprié.

K2M surpris en vol : ça file
C'est un peu flou mais à cette vitesse il faut déjà pas mal de chance juste pour capturer ce K2M en action sur la pente de Weldon.

Pour débuter les ailes volantes en mousse sont idéales car elles souffrent rarement de « flutter », ce qui leur permet d’atteindre facilement de hautes vitesses. Et bien sûr, elles survivent mieux aux inévitables rencontres avec le relief. Mais pour flirter avec les vitesses réellement insensées, il faut acquérir un planeur adapté. Seuls quelques modèles sont disponibles dans le commerce. Il s’agit d’appareils coûteux, extrêmement solides et qui font massivement appel aux matériaux composites. Ces engins résistent aux facteurs de charge ahurissants lors des virages serrés mais en cas de touchette à haute vitesse, ils n’ont aucune chance et sont proprement pulvérisés. Ce n’est pas sans danger d’ailleurs. Lors du record du monde de 2015 à 826 km/h, le Kinetic 130 DP pesait près de 15 kg. A cette vitesse un impact dégage autant d’énergie qu’une collision frontale avec une Citroën C4 "Cactus" lancée à 100 km/h... Raison pour laquelle il est recommandé aux pilotes et spectateurs de DS de se tenir à l’abri derrière une protection ad hoc. Un simple grillage ne suffit pas, mieux vaut un bon gros rocher.

60G encaissés à chaque virage !
Le modèle du record du monde précédent. 330 cm pour une quinzaine de kilos. Je ne sais pas ce qui est le plus impressionnant : la vitesse de 826 km/h ou les 60G encaissés à chaque virage !

Interview :

Spencer Lisenby, pilote RC le plus rapide au monde !

Spencer Lisenby avec le Transonic DP du record actuel
Spencer Lisenby avec le Transonic DP du record actuel.
  • Spencer, quand as-tu débuté en aéromodélisme et comment t’est venue l’idée de pratiquer le DS ?

« J’ai commencé en 1999 avec une aile volante Zagi sur le site de Stone Mountain, près d’Atlanta en Géorgie. Je ne connaissais personne et comme le vent à cet endroit est assez faible, je n’ai pas progressé très vite. Puis j’ai rencontré John Kessler qui m’a appris les rudiments du DS sur la digue du lac Carter. »


  • As-tu des conseils pour ceux qui veulent tenter le DS ?

« Ah, je conseille vivement le DS à tous les amateurs de vitesse. C’est à mon avis le meilleur moyen de prendre son pied en vol radiocommandé ! En DS on "sent" réellement l’énergie des masses d’air. Si vous pouvez vous faire aider par quelqu’un qui a déjà des notions, c’est bien sûr préférable, ça vous évitera pas mal de casse. Le plus simple est de débuter avec un modèle simple et peu coûteux, comme un JW (www.JWglider.com). Une fois que vous maîtrisez les circuits sans planter le modèle, vous pouvez envisager un appareil plus "pointu", comme ceux qui se trouvent sur mon site www.DSKinetic.com. »


  • Crois-tu qu’il est possible de voler encore plus vite ?

« Pendant le record de 2015 nous avions mesuré un vent de seulement 97 km/h. Il est certainement possible de voler encore plus vite car des rafales de 180 km/h ne sont pas rares ! Dirk Pflug et moi avons développé le planeur Transonic DP, un design qui devrait permettre d’atteindre les 925 km/h. Pour aller encore plus vite, des ailes en flèche seront nécessaires. Se posera alors le problème du comportement à basse vitesse. »


  • Pourquoi ne pas utiliser un GPS embarqué et la télémétrie au lieu d'un pistolet-radar pour mesurer la vitesse ?

« Les GPS » « grand public » perdent le signal au-delà de 4G d'accélération. Or, nos modèles encaissent typiquement plus de 60G (!) pendant une session DS à haute vitesse. Alan Cocconi a bien mis au point un tube pitot avec télémétrie, mais cette solution est sensible aux écarts de température et moins précise que le radar.
Il est intéressant de noter que nous mesurons la vitesse dans la trajectoire montante, qui est aussi la plus lente. La vitesse maximale d'un circuit est à peu près 10% plus élevée mais il faudrait que le radar se trouve au fond de la cuvette. Ce ne serait pas pratique et il serait difficile de comparer les vitesses avec d'autres pilotes, d'autres modèles et d'autres sites. »


  • Ces records de vitesse sont « semi-officiels ». Quelles règles suivez-vous ?

« Au début, on exigeait au moins trois circuits avant de mesurer, pour éviter que le pilote effectue un simple piqué vertical. Cette règle a vite été abandonnée car les vitesses en DS sont beaucoup plus élevées que la vitesse terminale en chute libre. En revanche, il faut utiliser un radar calibré et avoir un témoin. Si en plus on a une vidéo, c'est un avantage, mais ce n'est pas indispensable. Le système repose sur l'honneur mais la communauté DS est si petite que je doute que quelqu'un triche. »


  • As-tu pensé à faire valider les records par la FAI (Fédération Aéronautique Internationale) ?

« J'y ai pensé mais ça ne vaut pas le coup. Je sais déjà à quelle vitesse je vole et c'est le plus important pour moi. Je ne vois pas ce qu'il y a à gagner à faire enregistrer un vol officiellement. De nos jours n'importe qui peut battre l'ancien record sur un site de DS ; la différence de vitesse est telle que je ne sais pas si l'actuel record FAI est encore relevant. Je préfère me concentrer sur la mise au point d'un nouveau modèle ou la recherche d'un design capable de battre le record "officieux". »


  • Combien coûte un modèle DS « sérieux » ?

« Un Kinetic 130 DP en "ready to fly" se vend à peu près 4.800€. Pour un modèle plus petit, il faut compter 2.200€. »


  • Combien de temps dure une séance ?

« Bien sûr, ça dépend du nombre de pilotes à la pente. Si, on est seul, on peut voler une heure. Les débutants font bien de limiter la durée des vols car au début il est difficile de rester concentré. »


  • Où se posent les modèles en fin de séance ?

« Les meilleures pentes de DS ont un espace dégagé et exempt de rochers proche du sommet. De cette façon, le planeur perd la portance dynamique tout en restant face au vent. Et bien entendu il faut utiliser les volets de courbure pour un atterrissage pas trop dur. »


  • Est-ce que la pratique du « Dynamic Soaring » est dangereuse pour le pilote et les spectateurs ?

« N'importe quel vol RC présente des dangers. Je compare ça à d'autres activités comme l'escalade, le Snowboard ou le parachutisme. Les adeptes doivent en être conscients, accepter les risques et assumer les responsabilités. Sur le terrain, nous adoptons systématiquement des procédures sûres et simples, basées sur une solide dose de bon sens. Le bon sens est d'ailleurs aussi d'application pour les spectateurs, qui doivent choisir un emplacement protégé et toujours garder un œil sur les modèles pendant les vols de vitesse. Il est aussi essentiel d'inspecter soigneusement le planeur avant et après chaque session. (ndlr : à 60G un Kinetic 130 "pèse" près de 900 kg !).
Heureusement, les sites de DS sont généralement très isolés. Si d'aventure des randonneurs s'approchent, le pilote éjecte aussitôt son modèle de la zone DS, le temps qu'ils soient passés. »


Le Kinetic sous un arc-en-ciel
Le Kinetic sous un arc-en-ciel. On apprécie bien les lignes épurées du modèle.

Records homologués FAI

  • Vol circulaire F2O
  • RC moteur électrique F5O
  • RC moteur thermique F3O
  • RC planeur F3O: 240 km/h
  • RC hélico thermique F3O
  • RC hélico électrique F5O
  • RC moteur solaire F5O

396 km/h
482 km/h
405 km/h
240 km/h
145 km/h
289 km/h
80 km/h

Plus d’infos :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vol_de_gradient
http://www.rcspeeds.com/
http://www.rcspeeds.com/AircraftSpeeds.aspx

Contact : laurent.schmitz@jivaro-models.org

 
 
 
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